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Si on devait citer une femme cycliste qui se bat pour l’évolution du cyclisme féminin depuis des années en France, Audrey Cordon-RAGOT serait sans aucun doute en tête de liste. J’ai donc décidé d’aller à sa rencontre.

 

TLQ : Bonjour Audrey, même si pour le grand nombre on n’a plus besoin de te présenter, est-ce que tu peux nous dire deux mots sur toi et ton parcours sportif ? 

ACR : Je vais avoir 30 ans  très bientôt, je suis née en Bretagne du côté de Pontivy. J’ai commencé le vélo  à l’âge de 10 ans et je n’ai jamais stoppé depuis.

J’ai intégré l’équipe de France  en Junior, puis ma première équipe UCI en Espoir avant de devenir professionnelle cette année au sein de l’équipe TREK SEGAFREDO.

J’ai participé deux fois aux JO, à Londres et à Rio.

Crédit photo : The Little Queen

TLQ : Audrey, à l’image de Simone Veil à l’époque ou d’Angelina Jolie aujourd’hui, tu fais partie de ces femmes qui se battent quotidiennement pour l’égalité des sexes… Toi tu te bats pour ton sport, le cyclisme et notamment l’évolution de la place du cyclisme féminin en France. Peux-tu nous en parler ? 

ACR : Je suis quelqu’un particulièrement touchée par l’injustice en général, et ce « combat » que je mène pour l’égalité dans le sport est une des injustices qui me touche particulièrement étant au cœur du sujet en tant que cycliste.

J’ai vu le cyclisme féminin évoluer depuis 10 ans c’est indéniable, mais l’écart avec le cyclisme masculin est encore tellement grand !

Si je devais situer le cyclisme féminin aujourd’hui, il est à l’image du cyclisme masculin d’il y a 20ans.

En France s’est peut-être encore plus flagrant car nous avons le Tour de France qui est « l’arbre qui cache la forêt », la médiatisation est axée sur LA plus belle course du monde et nous ne sommes, nous les femmes qu’une petite goutte d’eau parmi cet océan.

Jusqu’ici nous avons toujours beaucoup dépendu de la FFC (Fédération Française de Cyclisme), qui offrait aux meilleures d’entre nous la possibilité de bénéficier de contrats aidant à concilier travail/études et compétition, mais aujourd’hui ça n’est plus suffisant et nous nous battons pour une reconnaissance totale en tant que cyclistes professionnelles.

Crédit photo : The Little Queen

 

TLQ : Tu peux nous parler un peu du quotidien d’une cycliste professionnelle ? Emploi du temps très chargé j’imagine… Pas de place pour « un autre boulot » à côté ? 

ACR : Pour beaucoup d’entre nous, il faut jongler entre les cours, le travail et l’entrainement mais il est vrai que les meilleures françaises aujourd’hui peuvent se concentrer entièrement sur leur métier de cycliste.

C’est un investissement total et pour réussir au plus haut niveau, il est clair qu’exercer une autre activité est très compliqué. Je vois la différence maintenant que je suis entièrement axée sur le métier de cycliste je vis, mange, dors cyclisme comme n’importe quel cycliste homme. Mon programme de course est chargé et les déplacements nombreux, j’apprécie de rentrer chez moi et de pouvoir me reposer et me concentrer à 100% sur mon prochain objectif.

Crédit photo : The Little Queen

 

TLQ : Marion Rousse, consultante pour France Télévisions, Pauline Ferrand-Prévot, nouvelle Championne du Monde de VTT cross-country, la Course by le Tour de France…  ça sent bon pour le cyclisme féminin quand même depuis quelques années, non ? 

ACR : Oui, le cyclisme se « féminise » même si je pense que ça n’est toujours pas assez !

Les médias  aiment se figer sur « une » tête d’affiche et oublient souvent que derrière il y a une équipe d’athlètes de haut niveau qui mériteraient aussi d’être mis en lumière.

J’espère qu’à l’avenir plus d’athlètes seront mis en valeur.

Crédit photo : The Little Queen

Crédit photo : The Little Queen

 

TLQ : Et pourtant… malgré notre très beau plateau de cyclistes françaises (Pauline Ferrand-Prévot, Aude Biannic, Roxane Fournier, Mathilde Gros ou encore toi), on constate que bien souvent les meilleures cyclistes françaises s’en vont dans des équipes étrangères. D’ailleurs tu en fais partie avec ton départ en 2014 pour rejoindre la formation norvégienne Hitec Product puis Wiggle et depuis cette année la formation britannique Trek-Segafredo. On peut dire que la France a « un train de retard » ? 

ACR : Le soucis c’est qu’il n’éxiste qu’une seule équipe World Tour (WT)  en France (FDJ – Nouvelle Aquitaine – Futuroscope) qui n’a pas les moyens d’accueillir 15 françaises de haut niveau donc nous n’avons pas le choix de nous exporter dans d’autres équipes WT pour pouvoir courir au plus haut niveau.

Il y a la place en France pour au moins deux autres équipes françaises WT pour donner la possibilité au cyclisme Français de grandir et de concurrencer les autres grosses nations.

Crédit photo : The Little Queen

 

TLQ : David Lappartient, Président de l’Union Cycliste Internationale a déclaré il y a quelque temps : « Je rêve d’un Paris-Roubaix féminin », t’en penses quoi de ton côté ? 

ACR : J’ai toujours déclaré que je n’arrêterais de courir que lorsque j’aurais participé à Paris-RoubaixJ’espère pouvoir tenir promesse. A priori on ne nous crois pas capable de courir sur les pavés du Nord, alors que nous participons déjà au Tour des Flandres…Mauvaise foi ? Peut-être…

Crédit photo : The Little Queen

 

 

TLQ : En 2020, un World Tour féminin sera créé avec cinq équipes, puis dix en 2021 et quinze en 2022… Par la même occasion, un salaire minimum de 30 000/an € sera instauré. On peut enfin parler de professionnalisation du cyclisme féminin ? 

ACR : Oui, nous rentrons dans le vif du sujet ENFIN ! Finit la précarité pour une majeur partie du peloton et c’est une bonne chose, espérons que les équipes respectent et que cela se démocratise pour toutes.

 

 

TLQ : Peux-tu nous expliquer la différence entre les deux divisions d’équipes qu’on retrouvera à partir de 2020 : les UCI Women’s WorldTeams et les Equipes Continentales Femmes UCI.

ACR : La différence se trouve en majorité dans le fait du choix du calendrier, puisque les équipes WT seront d’office invitées sur les plus grandes compétitions. 

Les équipes WT seront également soumises à un cahier des charges très précis quant aux conditions de « travail » de leur coureures et devront notamment avoir une visibilité sponsorielle sur au moins 4 ans donc une certaine « stabilité ».

 

TLQ : On va finir, par quelque chose qui te met forcément la banane : Le grand retour du Tour de Bretagne Féminin ! Ça doit signifier beaucoup pour toi… Tu t’es d’ailleurs battu pour que cette course soit de nouveau au calendrier, non ? 

ACR : Oui ça été une des « highlights » de ma saison, en le remportant pour la deuxième fois et de plus sous le maillot de l’Equipe de France.

C’est une très bonne chose pour le cyclisme français et cela fait partie du long processus de professionnalisation que l’on souhaite mettre en place.

TLQ : Tu seras au départ ? 🙂 

ACR : Difficile de dire si je serais au départ en 2020, l’avenir nous le dira.

Audrey, un grand merci pour ta disponibilité et tout ce que tu apportes pour que le cyclisme féminin soit reconnu à sa juste valeur ! Un gros merde pour cette fin de saison et je te souhaite tout le meilleur pour la suite ! 

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